“Que le silence est beau derrière le dos de l’explicant”

25 09 2006

“Que le silence est beau derrière le dos de l’explicant”. Me reviennent souvent ces vers du poète Lorand Gaspar, quand je ferme mon lecteur RSS. Le sourire de cet homme cuit au soleil de Judée *.
Ce n’est pas dire que la cueillette n’est pas fructueuse : combien de nouveautés, d’expériences, d’émotions… Pourtant si je ne me lasse pas de cette longue, longue traine qui avance inéluctablement vers de nouveaux chemins qu’il faut réinventer, jour après jour, il m’y manque la pierre chaude et plate, douce au fessier, propice au regard vers l’horizon immobile ; celle qui me ferait respirer plus profondément et comprendre un peu, ce que, finalement,  tout cela veut dire.

C’est un peu honteux, que je reprends ce blog, car bien sûr finalement “cela ne se fait pas”. Un blog silencieux est plus sinistre qu’un cimetière marin. Eau de toute part, coque de noix, battant de la poupe, drisses lâches, un blog se doit de faire sa ration de bulles… Pourtant finalement c’est avec un vrai plaisir, enraciné et profond que je lis la date de mon dernier post : posté par fabien lair le 30 juin 2006. Quel bonheur ! deux mois plein de beau silence pour rendre les choses dérisoires. tellement dérisoires….

Et si, finalement, les blogs ne couraient après le temps que pour masquer le silence , le merveilleux silence qu’il y a entre les posts.
Essayez : prenez votre blog favori. Cliquez un article au hasard. Imprimez le, et ..stop , éteignez votre ordinateur.
Lisez le. C’est un torchon ? ..pourquoi le lire. Sinon… pourquoi ne pas lui laisser le temps de vivre ?
C’est décidé, je vais lancer les blogs aux posts annuels. Un post, et le silence -des commentaires pourquoi pas- mais rien d’autre pour laisser les mots prendre du sens.

…donc, vague à l’âme, mais marcheur impénitent,  ainsi je reprends présence sur CopKm.

Reprise d’un cantique profane sur le thème de l’exil et de l’étranger

Non pas en exil.
Non pas étranger.
Solidaire des hommes et des bêtes
Solidaire des eaux, de la boue,
de la roche et des champs des forêts et forêts de constellations.
Graine de la grande tribu des sables et cailloux
de toute cellule vivante,
pétales de floraison dans le vent,
solidaire de la joie et de la douleur.

D’une patrie de pensée infinie
de toute connaissance limitée
clairières de notre pensée finie.

Solidaire d’une commune ignorance
de tous nos forages, explorations, recherches
de notre désir infini de comprendre —
de toute lumière et de promesse de lumière
qu’elle témoigne d’elle-même ou de la nuit,
de celle à certaines heures que respirent
au désert de Judée les pierres —

Solidaire d’une patrie de mouvement infini
des limites de nos ici et maintenant innombrables

Non, je ne suis pas en exil,
chez moi dans le jaillissement
dans la chute et dans l’usure
dans le diamant et la pacotille
chez moi dans la jubilation des eaux et des airs
et comment parler du mouvement sans bornes
sous les averses d’averses de photons
les vitesses de tant de rayonnements
dans la fraîcheur fragile du verger en fleur
rencontré ce matin de février sans nombre
dans l’éventail d’années et d’années de lumière —
je suis le marcheur qui respire l’ouvert
de tous ses poumons et dont le corps-cerveau
compose des images, musiques et langues,
je suis celui qui chante dans le chant
hors métrique et hors vocabulaire
les matins de toute vie et les soirs
et les nuits de solitude peuplées
de pensées qui s’envolent de leurs fenêtres
de tout ce qui se déplie, telles les eaux
que parcourt un battement d’aile dans la nuit
de l’eau solidaire de celui qui dort,
comme de celui qui écoute le poème au-dedans, au-dehors —

Lorand gaspar 1995
Aquarelle zao wou ki