Correspondances

4 05 2008

J’habite une douleur

Ne laisse pas le soin de gouverner ton cÅ“ur à ces tendresses parentes de l’automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie.
L’Å“il est précoce à se plisser.
La souffrance connaît peu de mots.
Préfère te coucher sans fardeau ; tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger.
Tu rêveras que ta maison n’a plus de vitres.
Tu es impatient de t’unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit.
D’autres chanteront l’incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier.
Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t’identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l’impossible.
Pourtant.
Tu n’as fait qu’augmenter le poids de ta nuit.
Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été.
Tu es furieux contre ton amour au centre d’une entente qui s’affole.
Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter.
À quand la récolte de l’abîme?
Mais tu as crevé les yeux du lion.
Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires…
Qu’est-ce qui t’a hissé une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre ?
Il n’y a pas de siège pur.

René Char

houlgate_avril
houlgate 25 avril



Smile, It Confuses People

17 03 2007

J'EXISTEJe me suis souvent demandé ce qui trottait dans la tête de tous les googlemaniaques qui courent après le  rank de leur signature,  taguent, Flickrisent et Motionisent frénétiquement les  web 2.0 like, forums, blogs et autres wikis pour ….ne rien dire d’autre finalement que leur nom.

Je me souviens de cet homme sandwich descendant silencieusement la rue de Rennes, à contre courant de la foule des cohues de noël, avec ces quelques mots écrits en lettres rouges sur la pancarte dressée sur ses épaules : “J’ EXISTE”. 

Beau geste, message troublant et humoristique qui faisait effectivement sourire les passants. Pourtant, je crois qu’autre chose se tramait là. Le visage de l’homme était imperturbable, et ce n’était pas une posture: cherchant à croiser son regard, j’ai réalisé brusquement qu’il fallait lire bien autrement le message. “J’EXISTE”, c’était en fait comme le “ceci n’est pas une pipe ” de Magritte car cet homme n’existait pas, effectivement, même dans sa façon de provoquer le regard des autres.

Un peu plus loin, contre la vitrine de la Fnac, une jeune fille au visage doux regardait passionnément un grand flandrin boutoneux, qui observait hilare l’homme sandwich fendre la foule. Dans les yeux de l’adolescente, déjà amoureuse, rien d’autre que “tu existes dans ma vie”.
Que le jeune homme n’ait pas perçu cela était sans importance : il “existait avec évidence,” comme ça, sans même l’avoir cherché ou cultivé dans les yeux d’une lycéenne.

Et si, après le passsage des hommes sandwiches qui cherchent une singularité dans le tumulte de la toile, on tentait plutôt de croiser quelques uns de ces yeux brûlants qui nous regardent regarder les autres…

Maniaques du sticker web à votre nom, usurpateurs, égotistes ou désespérés, si vous saviez le plaisir de l’anonymat ! 
Pas celui, petit et mesquin, du lâche qui cache ses malfaisances…  Non :  le bel et glorieux anonymat de celui qui sait libèrer sa parole de l’attache de son nom et la laisser grandir ailleurs; mais aussi celui qui sait  se lever parfois,  tête nue, en pleine lumière, pour plonger  ses yeux dans les yeux de l’autre humain qui le regarde, dialoguer, écouter,  et exister.


Vous pouvez fermez les yeux et écouter - Time, Sandi Thom



Le podcast Loïc /Sarkozy : faut-il brûler son I-pod ?

26 12 2005

Que dire

Voilà certes un bon coup réalisé par un homme brillant et intelligent mais il faut raison garder : on ne peut pas reprocher à Loïc de bien vendre son business,  mais de la à confondre buzz commercial et bouleversement historique…
Si l’on veut du reste faire honneur à cette “initiative historique“, il faut rendre la gloire à Noël Godin d’avoir précasté Nicolas Sarkozy il y a déjà quelques années… Certes, ça ne s’appelait pas encore du podcasting, mais de l’entartage ;-)

A quand un postcast croisé entre ces deux faiseurs d’histoire ? Non, ne me censurez pas ! je n’appelle pas à  l’entartage de Loïc (je ne suis pas un passionné de ces violences patissières) mais je le trouve devenu si sérieux, voire un zest cynique notre serial entretreneur, même s’il se présente encore humblement comme un “amateur” *

Tiens,  j’ai envie d’improviser  une petite Stealth Disco pour faire groover la Lemeursphère I-podetnisée par le buzz… ça c’est sûr, ça va nous ramener le Loïc d’avant, kite surfant dans les étoiles,  entre action et auto-dérision.

Pour le reste , je vais me taire. Ca évitera d’ajouter encore à ce concert de klaxons de victoire de coupe du monde…* mais je vais vite ajouter un petit trackback sur le blog de Loïc histoire de profiter de cet “événement blogosphérique majeur” (sic), non mais !

Au pire, avec ou sans podacast, la voix du poète restera toujours un juste et beau chemin :

“Un brin d’allumette suffit à enflammer la page où vient mourir un livre”, nous dit René Char

(photo empruntée sur le site de Loïc)

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Deblogs 2.0, et si l’on réapprenait l’humilité

8 12 2005

clouds.pngBen, voila, c’est fini. la grande messe a refermé ses portes. Je sens qu’il faudrait écrire quelques lignes là dessus,  pour une fois qu’on prend un peu le temps de réfléchir et de se poser. Seulement, voilà, la panne sèche. J’ai beau relire le dernier post pourtant critique de Cyril Fievet sur PointBlog,  ou les 600 signes de Joël Ronez je ne parviens pas à trouver “du sens” à tout ça. D’ailleurs Cyril glisse en passant que ” (..)pour beaucoup des participants dans la salle, “on n’apprenait pas grand chose”. Et comment peut-on vraiment apprendre quelque chose de son semblable ? N’est-ce pas là justement ce qui cloche : à lire les comptes rendus péniblement glanés ici ou là, je reste très dubitatif devant le lissage qui est en train de s’opérer plus ou moins consciemment sur les usages du blog. Mais il est vrai qu’il est toujours difficile de se faire une opinion sur les evenements de ce genre quand on y participe pas. J’espère bientôt pouvoir lire quelque chose de plus consistant, réflexif, ou critique…

Petite nausée,  lassitude. Pourtant je voudrais croire moi aussi à “l’ampleur des changements qui s’annoncent” évoqués par Cyril… Je tombe alors sur un excellent post d’ Emannuel Parody sur ZDnet.

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